l'auteur

L’auteur est né dans une contrée où la rotondité du lieu nous fait comprendre qu’il s’agit, somme toute d’une planète située près de l’astre étincelant qu’on appelle soleil. Sans nous méprendre ni vous induire en erreur vous devrez accepter ce fait, sa naissance s’avère dans la circonstance terrestre ; chose banale en somme…
Et plus particulièrement au centre d’une zone que l’on nomme « pays », vous savez, ces régions que l’on entoure de frontières imaginaires pour satisfaire l’esprit des hommes ; cloisonné plus ou moins visiblement des territoires, reste un de leurs principaux affairements !
Sa procréation fut accomplie tout aussi communément, comme n’importe quelle entité capable de lire ceci, alors, avouons-le tout de suite, sa nature demeure donc humaine, nous vous le certifions absolument !

Naître est une réalité, mais assurer son existence et commencer son parcours nécessita une énergie fournie gracieusement par les sols de toutes sortes et la lumière, qui nous vient d’en haut ; merci à toi oh grand soleil !
Cette banalité à vivre comme pour la plupart d’entre vous, mérite-t-elle qu’on s’y attarde pour la dépeindre, une lassitude de la description nous arrive aussitôt quant à les énoncer, ces détails, nous qui connaissons sa vie. Pourquoi continuerions-nous à le représenter de manière biographique, ou comme dans un curriculum vitæ en énumérer tous les aspects, des plus brefs aux plus longs, comme une litanie infernale du moindre fait ; infernale serait d’écouter plus avant une pareille narration soporifique.

On pourrait également témoigner d’une expérience ou de diverses aspérités spécifiques dont on en dénombrerait les multiples nuances, mais c’est déjà dans l’ouvrage, vous le savez donc si vous l’avez parcouru. Quant à son récit, le sien, la cause de notre aparté, qu’il en soit l’auteur, lui ou un autre, quelle importance, ne retenez qu’un de vos semblables, a écrit ceci ! Qui devinera vraiment ce qu’il concocta, si vous ne le lisez pas ? Affrontez alors cet ouvrage pour ce qu’il est et ne vous attachez pas à en comprendre plus en avant qui donc le rédigea. « Pourquoi donc rechercher un acharnement médiatique ? », dirait-il ; c’est ça, il ne souhaite pas être connu ! Les affres de la célébrité lui semblent insipides et sans attrait, il n’y voit que des inconvénients… Ne dois rester au bout du compte que sa narration (et encore, qu’on la jette au feu ne provoquera aucun effet sur lui, il s’en moque, il n’attend rien ! C’est dit !).

En effet, il a suffi qu’il soit conçu, grandisse, vive et puise dans sa mémoire ; en ressortit transformé tout ce que son passé ingurgita au fil des ans, de quoi incorporer au récit toutes les inspirations, des histoires, des souvenances, ce que les hommes y ont amassé à travers leurs multiples amoncellements… Ce qu’il en acquit, leurs injures, leur plaisir, etc., etc. Il ne fait que répéter et de cela nous ne cessons de le reprendre ; à force, c’est fatigant, mais il apprend, alors, laissez-le vous narrer ce qui le traversa, si cela l’apaise, comme une thérapie, un exutoire. Vous y trouverez bien quelque chose de lui, mais guère plus que ce que nous vous avons déjà décrit…

Que représente l’intérêt de raconter par exemple que cette inspiration-là lui est venue un jour qu’il retirait une crotte de son nez ? Est-ce important ce détail ? Qui n’a pas un jour retiré une crotte de son nez ? De s’en émouvoir à ce point, qui oserait en écrire un roman ? Qui ? Cette précision incongrue va en navrer certains, c’est sûr !
Vous devriez vraiment vous y habituer à sa manière de conter si vous poursuivez l’ouvrage déjà cité ! Mais tout ceci est-il véritablement de la littérature, comme on l’entend dans ces lieux du savoir où l’on apprend à lire, dans ces universités débordantes d’une connaissance répertoriée dans une multitude de livres, dans d’innombrables bibliothèques à travers le monde, là où toutes les éruditions s’accumulent ; lui, le pondeur dont on discute n’en est qu’à laisser une toute petite trace, ce qui lui revint au travers de la face, comme une gifle, une griffure ; qu’il écrivît cela de rature en rature, avec des mots pour la décrire, cette farce, peut-être encore une empreinte, de celles qui lassent ; probablement, hélas pour vous ! Lui ? Cela le ravit ; il en rit, et s’en fout !

Les plus versatiles d’entre vous diront : « Alors oui d’accord ! Mais de l’auteur vous n’en parlez pas, nous voulons savoir tout de lui ? » Eh bien non ! Rien que vous ne saviez déjà, vous qui lisez, vous semblez être du genre humain n’est-ce pas ; et bien, c’est pareil pour lui, cette humanité est la même que la vôtre, sa particularité se montre toute aussi analogue ; que pourrions-nous mettre de plus que vous ne connaissiez auparavant, il partage avec vous cette humanité récurrente ; de sa personne, nous ne trouvons rien de spécifique à ajouter. Oui, tout comme vous, il vous ressemble, comme un cheval ressemble à un autre cheval, comme un oiseau noir ressemble à un autre oiseau noir, ces similitudes n’ont pas besoin d’être plus amplement décrites, voir et constater est bien suffisant, de tels propos s’avèrent parfois inutiles… Oui il possède comme vous un nez, une bouche, des oreilles, des jambes, des bras, un thorax, une tête, et dedans sa cervelle en est sortie un récit ; un récit qui raconte une histoire de vivants, il n’est donc pas nécessaire d’énoncer ce qui apparaît commun à tous. Il ne désire que dépeindre le reste, peu à peu arrivé à un en dehors de son espèce ; sa particularité propre demeure sans importance, il s’en fout, ne l’énervez pas sur ce point ; il vous en pondrait à nouveau « une sorte de roman » au sujet de ce mépris, et il risquera de nous amener du pas joli joli, dans cet autre dit…

Signé : le robote